Les raisins de la colère de la Poupi

J’ai mal à ma France.
Aujourd’hui je vais dire « je ». Poupi a beau être une princesse aussi exigeante que superficielle, parfois du haut de son nuage, elle et moi nous nous rejoignons (je signale que ma schizophrénie est sous contrôle… pour les plus inquiets d’entre vous)

J’ai mal à ma France.
J’ai mal quand j’entends les aberrations, les propos (que j’estime) violents de ceux qui gouvernent ce si beau pays construits sur des valeurs dont nous devons tous (quelques soient nos origines) être fiers.
Liberté, Égalité, Fraternité.

J’ai mal quand j’entends le premier ministre menacer les enfants de son pays si ceux-ci osent faire grève et manifester leurs inquiétudes.

J’ai mal quand je vois les forces de l’ordre porter si mal leur nom et charger ses jeunes (et des journalistes d’ailleurs : http://ow.ly/2SNmp et pour recouper les propos du 1er journaliste : http://bit.ly/9PO9KR )

J’ai mal quand je sais que l’on reconnaît la responsabilité d’un enfant de 13 ans pénalement quand celui ci commet un délit ou un crime et que paradoxalement quand ils manifestent, ils sont pas responsables de leurs idées et sont manipulés.

J’ai mal quand je lis les propos d’un jeune homme de 19 ans dire qu’il n’est pas un français normal, parce qu’il n’est pas blanc. Il est né à Colombes (92) et seulement 4 fois dans sa vie, il est allé au Sénégal (voir l’article de « So Foot » à paraître cette semaine entre un jeune et Lilian Thuram).

J’ai mal quand je sais que l’intolérance, le racisme, la stigmatisation et la manipulation créent ce manque et ce vide identitaire pour ce jeune homme (et pour tant d’autres) qui est aussi français que moi.

J’ai mal quand je lis que le nouveau régime par répartition va permettre au frère du président de se faire de l’argent. Beaucoup d’argent (http://bit.ly/cDU8ad ) Les privilèges des uns me donnent bizarrement plus la gerbe que ceux des autres.

J’ai mal quand j’entends des préjugés sur les fonctionnaires, sur les chômeurs, sur les agents SNCF/RATP, sur les syndicalistes, sur les lycéens, etc. Des vendus, des fainéants, des privilégies, des profiteurs. Moi, c’est cette France de « privilégiés » que je remercie car ce sont eux qui grâce sûrement à « leurs privilèges », se mouillent, font grève, bloquent, luttent, pour tous ceux comme moi comme bcp ne peuvent pas se le permettre.
Vous voulez tout savoir ? Pour ma part, financièrement, je ne peux pas me permettre d’avoir des jours non payés. Je suis une bien nommée travailleuse pauvre, jamais autant endettée depuis que je travaille. Je vis sur mon découvert tous les mois (et c’est même pas parce que j’ai tout claqué en shopping… et pourtant je préférerais que cela soit pour cela), je paie plein pot mes impôts et je ne râle pas. J’accompagne au quotidien des gens encore plus miséreux que moi et qui, pour la plupart, ont une meilleure qualité de vie que moi. Mais intérieurement je boue. Je suis fière et heureuse que ces gens fassent la grève et luttent pour le bien de tous. C’est ça la Solidarité.

J’ai mal de constater les troubles de la mémoire de ceux qui ont oublié ce que c’est que de lutter pour ceux qui ne peuvent pas. A croire que les acquis sociaux dont tout le monde bénéficie (et semble bien heureux de bénéficier), sont tombés du ciel sans lutte :
1906 – Repos obligatoire de 24 heures hebdomadaires (en gros, le début du bien nommé weekend)
1919 – Limitation de la journée de travail à 8 heures (et la semaine à 48 heures), Loi sur les conventions collectives (sans réel effet avant 1936).
1930 – Mise en place des assurances sociales.
1932 – Mise en place des allocations familiales.
1936 – Loi sur les 40 heures hebdomadaires – Loi sur les congés payés (deux semaines)
1945-1947 – mise en place de la Sécurité sociale – statut de la fonction publique – grille des salaires – inscription du droit de grève dans le préambule de la constitution.
1950 – Création du SMIG (Salaire Minimum Interprofessionnel Garanti).
1956 – Adoption de la troisième semaine de congés payés – fond de solidarité pour les « vieux travailleurs » – réduction partielle des abattements de zone sur les salaires.
1958 – Création des ASSEDIC.
1968 – Extension de la 4ème semaine de congés payés (adoptée le 2 mai, avant les mouvements de grève) – augmentation du SMIG de 35 % – augmentation des salaires de 15 à 20 % parfois plus – retour progressif aux 40 heures hebdomadaires abandonnées après la guerre.
1975 – Loi sur le contrôle des licenciements économiques.
1979 – Loi délimitant les contrats à durée déterminée.
1982 – Réduction de la durée légale du travail à 39 heures – institution de la cinquième semaine de congés payés -abaissement de l’âge de la retraite à 60 ans
2000 : les 35h (je joins une note du nouvelsobs qui me paraît intéressante : http://bit.ly/aueiyX)

J’ai mal quand je vois le mépris et le dédain que montrent ceux de la fameuse France « d’en haut » envers ceux de celle « d’en bas ». Les Bettencourt, Woerth, Bouygues, Bolloré, Dassault, (je continue ?)…

J’ai mal quand j’entends qu’il faut se serrer la ceinture alors que d’autres se la desserrent facilement et allègrement (le bouclier fiscal/ la TVA à 5% dans la restauration/ la rémunération des collaborateurs des ministres/ les avantages des retraites parlementaires/ je continue ?)

Je ne me suis jamais plainte des grèves. Et surtout de celles dont je ne peux participer plus activement. Parce que ces gens la, je les respecte et que, si je pouvais moi aussi, je ferai exactement pareil. Je crois en la Solidarité (et je ne fais pas ce que je fais tous les jours par hasard)

J’ai mal parce que parfois le système dans lequel on vit, vicieux, ultra-liberaliste, consumériste, qui poussent les gens à baisser les bras, à accepter d’être asservis, à être résignés, à accepter ce que ces enflures décident pour eux, que des banques décident du destin de populations (alors que celles ci payent encore les pots cassés de leur « crise » vérolée), il m’exècre ce système.

J’ai mal d’entendre : « ben oui mais bon, on y peut rien ». Si, on y peut. Si chacun prend ses responsabilités, on y peut. On arrête de se plaindre, on arrête de critiquer ceux qui se mouillent, on peut aussi penser par soi même et arrêter de se laisser gaver d’infos pré-machées par des communicants qui ne nous veulent pas du bien. On va voter ! Il y aura toujours des gens (des gros cons ? des personnes souffrant de troubles de la mémoires ?) pour dire oui mais y a des casseurs, y a des gens qui profitent des allocs, y a des étrangers qui… Oui et ? C’est pour cela qu’il faut TOUT accepter ? Il y a des boulets sur adoptuneuneu.com mais vous croyez que cela représente la majorité des hommes en France ?

J’ai mal quand je vois des hommes et des femmes dormir dehors et que je sais pertinemment que les 10 euros que j’ai sur moi, en fin de mois (voir en milieu de mois), sont ma seule richesse. Ca me révolte.

J’ai mal de me sentir impuissante.

J’ai mal d’entendre Carla Bruni chanter les louanges de son mari parce que dans le fond, on s’en fout.

J’ai mal de constater la façon dont sont traitées les informations par un grand nombre de journalistes.

J’ai mal parce que je sais… Argent, pouvoir, information, la triptyque de la manipulation de la masse.

J’ai mal qu’on m’appelle la masse.
Et je suis fière que la masse, elle se révolte… Qu’elle les merde en somme.

Voilà j’ai mal.
Parfois les larmes de colère ne se voient pas, mais elle coulent à l’intérieur, et chacune me brûle encore plus profondément que la précédente.
Il y a vraiment des jours où je la déteste ma France.

Poupi reprend le cour de sa superficialité demain

4 réflexions sur “Les raisins de la colère de la Poupi

  1. Je vois que l’on a un point commun assez évident : j’ai également mal à ma France.

    Partant d’un tel constat, je suis également tenté de remonter l’arbre des causes ; de la pertinence du pourquoi dépend la légitimité des solutions.

    Et force est de constater que nos constats divergent sensiblement. Peut-être est-ce dû au fait que je vive sur Terre et non chez les Bisounours à l’instar de la bien-pensance gauchisante qui semble imposer sa pensée unique au pays entier.
    Reprenons tes arguments :
    – Ne t’es-tu pas demandée pourquoi des étudiants avaient été « agressés » par les forces de l’ordre ? A ce « pourquoi » répond un « parce que » assez évident : il y a eu provocation. En général, il y a plus malin à faire qu’agresser un policier. Réviser le BAC peut-être un bon début, ça évitera les fautes de grammaire sur les banderoles…

    – Tu fais référence à un grand maître à penser, j’ai nommé Lilian Thuram, qui n’est pas à une intervention démagogique près. Pour rappel, ce type au train de vie confortable dit « connaître la réalité des banlieues » pour avoir lui-même « grandi dans une banlieue difficile ». Pour info, Thuram et moi avons grandi au même endroit : à Bois-Colombes dans les Hauts-de-Seine, commune aisée et calme. Fais un tour à l’heure de la sortie des classes, tu y verras plus de BB Brunes en puissance que de sauvageons hargneux… Bref, Thuram a à peu près autant de crédibilité que j’ai de chances d’être élu Ballon d’Or. Passons. L’expression « jeune issu de l’immigration » est un terme créé par les gauchistes. On est français ou on ne l’est pas. Point final. Les gens ne me qualifient pas de « jeune issu de parents réfugiés apatrides » que je sache ? Je me contente d’être français. Avec les droits et les devoirs que ça implique.

    – Le report de l’âge de départ en retraite te révolte ? Regarde autour de toi. Ou de moi, plutôt, étant donné que je vis en France et non chez les Bisounours. L’espérance de vie augmente (cool), les baby-boomers sortent progressivement de la vie active et le système actuel est déjà déficitaire. Ledit déficit va mathématiquement se creuser si l’on ne fait rien. Trêve d’atavisme, il serait de bon ton de solutionner ce problème. La réforme des retraites est un levier : augmenter la durée de cotisation réduira mathématiquement le déficit sans pour autant régler le problème. Car au-delà du problème des retraites, il y a un problème d’emploi. Le chômage est une plaie non seulement pour ceux qui ont le malheur de s’y trouver mais également pour financer les retraites. Curieusement je n’entends pas les gauchistes proposer une solution à cet épineux problème. Et les lycéens seraient inspirés de se sentir concernés par cette vraie question qu’est l’emploi plutôt que de reprendre des propos prémâchés par les bien-pensants concernant la retraite. Chaque chose en son temps, non ?
    J’ai vécu dans un pays où l’âge de départ en retraite est de 62 ans (la Slovaquie) en dépit d’une espérance de vie légèrement inférieure à la nôtre. Crois-moi, on vit très bien en Slovaquie. La retraite à 62 ans n’a rien de rédhibitoire en 2010.
    Autre exemple : mes parents sont partis en retraite après 65 ans. Ils le vivent bien. Alors je ne me fais pas de soucis pour nous. On vit à une époque et dans un pays où l’on n’est pas fini à 60 ans. Qui s’en plaindra ?

    – Tu as mal de voir les préjugés quant à certaines catégories de gens ? Soit. La différence entre toi et moi est que je connais la RATP de l’intérieur pour y avoir bossé (salutations à mes anciens collègues de l’AMT de la 10, « face au 41 » 😉 ). Effectivement, ce sont des privilégiés. Rien à mes yeux ne justifie leur départ à la retraite AVANT les gens du privé. Que l’on ne me parle pas de pénibilité, objectivement, les opérateurs des chaînes automobiles ont un travail plus pénible (et oui, je connais bien le secteur de l’industrie automobile pour y avoir bossé quelques années dont 18 mois en usine). Reprenons l’exemple de la RATP, les conditions de travail ont fortement évolué depuis des décennies : conduis un Sprague Thomson de l’entre-deux guerres puis, passe aux commandes d’un MP89 tout moderne et on en reparle. Ce qui était justifié en terme de pénibilité alors, ne l’est plus aujourd’hui. Et c’est un exemple parmi tant d’autres. Issu du vrai monde. Ca impliquerait à tes amis les Bisounours d’être moins candides.
    Alors oui, ce sont effectivement des privilégiés qui imposent leur point de vue à des gens qui ne sont pas forcément d’accord avec eux. Et ce sont les gens ordinaires qui trinquent, les classes populaires et moyennes, celles qui comptent au quotidien sur les transports en commun, sur les écoles publiques… Parce qu’honnêtement, lorsque tu as une C6 avec un chauffeur et des enfants scolarisés dans une bonne école privée, tu es moins impacté. A croire que les gauchistes se plaisent à creuser les clivages sociaux.
    De fait, je n’éprouve aucune sympathie pour ces grévistes. Ils me confortent juste dans l’idée de vouloir me payer la C6 et de scolariser mes enfants dans le privé sitôt sortis du congélateur.

    – Le bouclier fiscal t’indigne ? Rassure-moi, tu es prête à voir 50% de tes revenus alimenter les caisses de l’Etat ? Pas moi en tous cas. Pourtant, c’est une situation que les très hauts revenus acceptent au grand bénéfice de la nation.

    – Tu as mal en voyant le mépris qu’affiche la France d’en haut envers celle d’en bas ? Visiblement, tu n’es guère révoltée par les propos d’autres individus disant représenter la France d’en bas (Olivier B…) relevant de la haine sociale. Une indignation à deux vitesses ? Pas très fair-play, non ?

    – « J’ai mal parce que parfois le système dans lequel on vit, vicieux, ultra-liberaliste, consumériste, qui poussent les gens à baisser les bras, à accepter d’être asservis… » : dit-elle en intitulant son blog « Coiffures, Chaussures et Sac à main »… Personne ne t’oblige à consommer.

    – Tu as mal de te sentir impuissante ? Mets-ça sur le compte du tabagisme à la rigueur (je de mots pourri mais j’assume) car honnêtement, tu as -du fait du suffrage universel- une certaine puissance. Ton blog est également un outil et si la précarité te touche tant que ça, sache que les Restos du Coeur manquent de bénévoles. Il y a toujours moyen de se sentir utile.

    – Carla Bruni t’agace à chanter les louanges de son mari ? C’est de la naïveté ou de la jalousie ? De deux choses l’une : soit elle l’aime vraiment et elle n’a aucune raison d’en dire du mal. Soit c’est juste une question d’image et… Elle n’a aucune raison d’en dire du mal.

    – Tu es fière que la masse se révolte ? Soit. Mais cette révolte se fait au mépris d’une autre masse, au moins aussi conséquente qui subit les méfaits des « perturbations » et autres blocages. Encore une fois, c’est beau de se prendre pour des justiciers en voulant taper sur les riches mais le fait est que la classe moyenne souffre de cette bêtise humaine. Demain, je vais passer 80 minutes de plus dans les transports à cause du mouvement de grève. Mais j’imagine que c’est normal qu’une poignée d’individus m’impose son point de vue.

    Last but not least : on (le peuple) a élu un gouvernement. Laissons-le bosser pour le meilleur ou pour le pire. Car dans 18 mois, on pourra le reconduire ou non selon son bilan. C’est ça aussi la démocratie. Ayons au moins l’honnêteté de reconnaître le fait démocratique.

    A little more for a little you… Au plaisir de se croiser « sur le terrain » si d’aventure tu daignes sortir de chez les bisounours.

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