Les blogueurs sont-ils du bétail comme les autres ?

Hier j’ai reçu un mail des plus surprenant.
Une agence de com me demandait de m’inscrire sur un serveur afin de m’obliger à rentrer mes stats mensuelles de blog, à les avertir quand je publierais un article concernant leurs opés (événements concernant la marque qu’ils ont en gérance digitale) et avec (la carotte) la possibilité (si je les intéresse « influencement » parlant selon leurs bases de données, je me doute) d’être contactée par d’autres CM pour être « invitée » à d’autres opés.

J’ai littéralement halluciné en lisant ce mail, à défaut de rire ou de m’en foutre. Bien au contraire, ce mail m’a faite réfléchir.
L’une des principales actions d’un Community Manager (CM) est la veille (il existe des outils pour surveiller qui parle du client ou de la marque). Et les blogs en font parti. Effectivement cela rend du temps, cela demande de l’organisation et ce n’est pas du tout le coté le plus amusant du travail.
Chaque CM a un carnet d’adresses (enfin il devrait), mais il se crée, je trouve cela mal venu que de demander aux gens de s’y inscrire. Les infos se cherchent un minima et s’individualisent si tu as besoin d’informations plus spécifiques.
Quelles valeurs cette pratique prône-t’elle ? Qu’est ce qu’elle donne comme image à l’agence et par ricochet à ses clients ? Cela sous entendrait que le CM normalement chargé de communiquer avec ses blogueurs, les rationalise pour se simplifier la tache. HUM.
Cette pratique consisterait-elle à considérer les blogueurs comme du bétail ? Je t’invite contre un article et je t’inviterai que si tu fais du chiffre ? Sérieusement ?

Reprenons la base d’un blog.
En France, il y a entre 15 et 20 millions de blogs (chiffre 2010 – donc on peut considérer qu’il y en a beaucoup plus aujourd’hui). Résumerait-on les blogueurs à une poignée d' »élus » référencés sur des serveurs et utilisables à merci (et sur lesquels on se ferait de l’argent) ? La pratique apparait comme présomptueuse et feignante (coucou l’image négative).
Pour moi, un blog qui accepte cela, n’est qu’un mouton dont le nombre de lecteurs n’indique absolument pas son influence. Favoriser les favoris en niant l’investissement et la portée que peut avoir sur le long terme le coté « plaisir » du blogueur, ne peut que mener droit dans le mur les stratégies de communication digitale de certaines boites. Rationalisons, rentabilisons…
Oui mais ce ne sont QUE des blogs, tenus par des gens qui gagnent leurs vie à coté, qui bloguent par plaisir. Peu ont la chance (comme moi) d’en vivre (en partie). Si tu es blogueur pour l’argent et les cadeaux, un conseil, arrête tout de suite, tu n’auras pas des montagnes de lecteurs à vendre à des agences. Un blog uniquement sur les opés et autre cadeaux ne fonctionne pas en tant qu’influenceur (l’outil principal sur lesquelles s’appuient les agences pour vendre leurs prestations) car il est victime de la « jalousie 2.0 » du blogueur lambda et d’une forme claire de décrédibilisation (invité partout = sans opinion, vendu = mauvais impact pour le blogueur et la marque).

Il faut du mesurable. Oui bien sur. J’ai moi même accepté une fois de donner mes statistiques pour une CM que je connais et qui en avait besoin pour son client. C’est normal, elle m’avait convié plusieurs fois, ces événements étaient sympas et les remarques que je pouvais lui faire étaient prise en compte. Cela s’appelle l’entraide : BINGO j’ai une bonne image de sa marque. L’échange était favorisé et j’appréciais la marque qu’elle représentait.
Mais de là à rendre des comptes de façon mensuelle, NON MERCI. Ma liberté, mon espace ne sont pas à vendre, et ne l’ont jamais été. Si c’est ce que veut une marque, qu’il se crée son propre blog pour s’auto-promouvoir (ou qu’il paye une agence de com qui lui propose ce service). Un blog n’est pas un espace publicitaire, ni de la presse. S’il échange du contenu contre une invitation, cela apparente à de la corruption (la comparaison est forte, j’en conviens) et donc il n’y a plus aucun intérêt à le lire s’il ne fait que vanter et non critiquer (dans le positif ou le négatif ou les deux). N’être que sponsorisé, anéantis la liberté qui rend le blog insaisissable, anéantis l’essence même du blog : se raconter soi, raconter ses passions. Il m’est arrivé de parler de marques comme Orange ou Orangina qui m’avait conviée à vivre des expériences extra ordinaires mais pourquoi ? Et bien pour ce qui va suivre.

Un blogueur parlera plus volontiers d’une opération ou d’une marque qui correspond à ses passions (le rugby) ou à sa curiosité (les nouvelles technologies) et pour laquelle il se sentira privilégié d’être invité, que si on attend de lui un compte rendu positif (que les agences s’approprieront pour le revendre au passage). C’est le travail du CM dans la gestion de sa communauté, de la communication voulue par son client, d’échanges, de présence, de veille, d’enquêtes, afin de mieux cibler ses blogueurs ou aux utilisateurs de Twitter/Facebook passionnés ou/et curieux et de faire profiter toute sa communauté des avantages et autres primes actualités.

Je me suis déjà indignée récemment sur Twitter concernant une offre d’emploi de chef de projet, responsable de communication digitale pour la modique somme de 400 euros par mois (stagiaire donc). Au vu des responsabilités que cela demande, c’est faire courir un projet à sa perte.

Et après on s’étonnera d’ici quelques mois de la perte de confiance des marques dans les réseaux sociaux…
Un jour peut être certaines agences, et surtout leurs clients, se rendront compte que les medias sociaux sont leur vitrine au plus prés de leur consommateurs, et que l’impact sur eux peut se diffuser plus éthiquement et plus authentiquement et DONC plus positivement. Cela prend certainement plus de temps mais gagner en image positive prend du temps. L’avantage net est que cela persiste bien plus longtemps et permet une diffusion bien plus large. On ne peut pas influencer les gens (la masse) et encore moins en étant à leur contact direct, de facon prédictible. Les paramétres humaines sont bien plus puissants que l’on ne pense parfois (regarder la viralité d’un mauvais buzz par exemple). On peut les influencer en ayant des réponses bien plus concrètes et plus individualisées, qu’en achetant des followers, qu’en n’invitant que les mêmes blogueurs à toutes les opés, qu’en créant des fakes pour faire grossir un Klout. Du chiffre oui. Mais des mauvais.
Un jour, les clients comprendront que ces pratiques nuisent à leur image et que l’argent dépensée est effectivement gaspillée par des escrocs qui leur vendent (très cher) du vent en leur faisant miroiter une nombre garanti exponentiel de followers et autres likeurs ou en leur promettant qu’ils gagneront de l’argent rapidement grâce à Facebook… (n’achetez pas ce livre vu les contributeurs – j’en connais bien deux, le contenu ne vaut rien).

Enfin ce n’est que mon avis… de professionnelle autodidacte (qui lit beaucoup sur le sujet, qui pense son travail et qui croit à une communication digitale éthique et humaine – heureusement je ne suis pas la seule).

11 réflexions sur “Les blogueurs sont-ils du bétail comme les autres ?

    • Un Community Manager s’occupe de la gestion de l’image d’une marque sur les réseaux sociaux. Qui en parle ? Pourquoi ? Comment ? Il est aussi la pour animer la communauté liée à sa marque et a répondre aux éventuelles questions/problèmes.

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  1. Ouh la…. Que c’est loin de moi tout ca… je ne sais parler que de mon petit nombril et je ne me vois pas parler, carotte ou pas, de ceci ou de cela… Je resterai donc toute seule dans mon coin avec mes 2 commentaires par billet… lol même pas grave…
    ps :
    Aller j’avoue… je n’aime tjrs pas le rugby…

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  2. Pour moi le nombre de lecteurs me semble un critère important et si tu as 15 lecteurs ou 1000 ou 20 000 ce n’est pas tout à fait la même chose, même si tu es méga influente sur les 15 lecteurs. Je n’ai aucun souci pour donner mes stats si on me les demande. Je trouve même que c’est une preuve de sérieux qu’on me les demande (ouch pas taper).

    Je pense également que les gens qui ne parlent que de marques ont de moins en moins de lecteurs (pure supposition basée sur mon expérience perso). Quand je lis des opés sur les blogs de façon répétitive, ca me saoûle. Une de temps en temps ca va, mais certains ne font que cela, je me demande clairement l’intérêt des marques et l’intérêt pour les lecteurs.

    Après pour les stagiaires à 400 Euros par mois cela me sidère également. 😦 Et je ne parle même pas des achats de followers remarqués ces derniers mois qui m’ont laissée moi aussi muette

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    • Je suis d’accord de répondre quand un CM que je connais ou qui représente une marque qui m’intéresse, me pose la question sur le nombre de lecteurs. En revanche e qui me chafouine c’est d’être obligé de les donner sur tableur tous les mois de façon automatique. Ca, ça me dérange. J’ai autre chose à faire.

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  3. Je travaille dans des agences de communication depuis près de 7 ans maintenant, et je suis venue à m’intéresser aux blogueurs un peu par hasard, en « à coté » de mon travail lui-même.
    J’ai créé un compte sur Facebook assez tôt, commenté des blogs, créé un compte sur Twitter, interagit avec les personnes que je trouvais sympa, la semaine quand j’avais un peu de temps en journée, le week-end, bref ce n’était pas vraiment « du boulot » (et ce n’en est toujours pas vraiment) – c’est d’ailleurs comme ça que je suis venue sur ton blog, car nous avons en commun la pratique des sites de rencontre et l’amusement des travers masculins.
    J’ai été nommée « CM » de mon ancienne agence sur le domaine qui m’intéresse, et cela a légitimé le temps passé sur les blogs. Top ! j’avais l’aval de ma hiérarchie pour créer des liens, m’intéresser aux autres, et cela m’a bien sûr aidé à intégrer les blogueurs à mes actions de relation média. J’ai créé un blog aussi pour cela, pour entrer dans cette famille de personnes qui réfléchissent avec les autres, sur les sujets qu’ils aiment.
    Mais je ne me suis jamais présentée comme CM, parce qu’en fait ce titre ne veut rien dire pour moi. Trop de personnes se font appeler ainsi et ne connaissent rien à leur public, aux contraintes de WordPress, ne twittent qu’en fin de journée car ils n’ont pas eu le temps par ailleurs… Et inondent leurs clients de présentations powerpoints qu’ils ont récupéré par ci par là sur le web.
    Bref, tout ça pour dire que comme les relations média, les relations blogueurs sont pour moi avant tout une histoire de curiosité face à la personne qui écrit, ses intérêts, le type de lecteurs qu’il a. L’influence se mesure à la qualité des échanges du blogueur tant sur le fond que sur les personnes qu’elle a en contact et leur qualité. Je suis d’accord avec Anne que le nombre de lecteur est important, mais la qualité aussi : ce n’est pas la même chose d’avoir pour lecteur des blogueurs, des médecins, des joueurs de rugby, des journalistes ou des personnes lambda… C’est plus difficile à quantifier et surtout c’est impossible de le savoir si on ne connait pas le blogueur en question.
    La grande inconnue dans tout ça est : est-ce rentable de faire du community management ? Si on ne sait pas le nombre de personnes qui lisent les billets, qu’on ne sait pas qui elles sont, si elles vont en parler autour d’elles et quelle est leur audience à elles… Et qu’à coté on y passe plusieurs heures par semaine…
    Franchement, ce genre de question me dépasse un peu, car je ne compte pas mes heures quand je fais cela, et je le mets « gratuitement » au service de mon client quand cela me semble approprié. Pour moi, l’intérêt du « web 2.0 » réside dans le 2.0, comme tu le dis si bien : une relation avec un blogueur n’a d’intérêt que si on échange avec lui et qu’on prend en compte ses remarques, qu’il soit un gros ou un petit blogueur. Dans ce cas, l’investissement est rentable. Sinon il ne l’est pas…

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      • quelqu’un d’autre dont c’est le métier : j’ai été très heureuse de lire ce billet, absolument d’accord avec tout mais attention :
        – s’il y a des CM utilitaristes l’oeil rivé sur la rentabilité c’est sans doute aussi parce que leur matière première est très difficile à évaluer et qu’en tant que défricheurs ils ont aussi besoin de justifier en permanence de l’utilité de leur travail
        – s’il y a des blogueurs qui ne déplacent qu’à la prime c’est probablement parce qu’un blog prend du temps : les plus sollicités font le tri, les moins sollicités travaillent à côté donc font également le tri…

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