Son(s) : Yann Tiersen

Un son. Un ailleurs.

Les premières notes de Summer78 de Yann Tiersen résonnent dans mes écouteurs, la magnifique B.O. du film le plus magique qu’il m’ait été donné de voir ces dernières années, Good Bye Lenin.

Juste le début. Ce mouvement lent, tout en délicatesse… je ne suis plus là.
Je ne suis plus cette éducatrice spécialisée, célibataire, aigrie, désagréable, perdue en Parisianie. Je ne suis plus cette psychorigide qui déteste le chiffre sept, qui cache des stylos dans son bureau pour que personne ne les lui prenne, qui trolle des mecs sur Adopt à coup de répliques sanglantes, qui a toujours des coton-tiges dans son sac, qui ne se souvient jamais de ses rendez-vous de soirées et qui les cumule. Je ne suis plus triste ou heureuse ou en colère ou joyeuse.
Je suis ailleurs.

Ferme les yeux. Arrête-toi un instant. Imagine ce que je vois.

Mon cœur se gonfle. Il est limite trop gros pour ma poitrine. Il grandit au fur et à mesure de ce son envoûtant, jusqu’à m’envahir entièrement.
Je vois des nuages. Pas les grisailleux, les blancs. Ceux sur lesquelles les anges s’endorment.
Un rayon de soleil les transperce. Je suis éblouie.
La chaleur irradie mon visage.

Une voix teinte les accords du piano.
Je sens une caresse. Le long de ma nuque. La douceur infinie. Elle remonte dans la base de mes cheveux. Je frissonne. Elle redescend. Ma nuque, mon épaule, elle glisse. Mon omoplate… Elle s’arrête. Puis la pression de 5 doigts, qui poursuivent leur chemin vers mes hanches. L’impression d’être entièrement possédée, de ne plus être que sensations, de ne faire plus qu’un. Je sens tout mon corps exister.
Ils m’empoignent.

La musique s’intensifie, la voix féminine s’envole, la force d’une harmonie musicale s’impose.
Des bras m’enlacent, me serrent contre un corps fort, rassurant. Le geste reste tendre.
Je fonds.

La chanson s’arrête. C’est orgasmique…

Slipknot hurle dans mes oreilles.
Retour à la vraie vie.
Putain mais qu’est ce que j’ai foutu dans ma play list !