Son(s) 7 : Sigur Rós

A tous les romantiques…

Peu de chanson me parle comme celle-la. Les Sigur Rós ont ce petit quelque chose de magique, d’inexplicable, de résolument positif.

 

Dans le fond, la traduction même de cette chanson islandaise ne veut rien dire (elle est même d’ailleurs cocasse). Mais dés le premier mouvement, des images naissent dans mon esprit.

Il est midi, un vendredi. Il fait beau sur Paris. Il attend, je suis en retard. Abbesses. Quartier symboliquement romantique de Paris, prés de cet endroit atypique qu’est le Sacré Cœur. Je l’attends depuis un moment, ce rendez vous.

Stressée comme rarement, c’est la première fois que l’on se rencontre. Nos regard se croisent… et les heures vont se succéder. Un déjeuner en terrasse avec vue sur Paris, ponctué d’éclats de rire, de regards qui en disent long, des mots susurrés, d’écoute attentive, comme si chaque phrase se devait d’être goûtée à même les lèvres de celui qui parle. Une sensation d’évidence. Nous montons dans une voiture, direction le musée Rodin. Ni lui ni moi n’y avons jamais mis les pieds, alors le spontané nous guide. Dans le taxi, il m’observe lovée dans le confortable siège, de son sac il sort un paquet qu’il me tend. Des macarons Pierre Hermé. Il me sourit, visiblement ravi de sa surprise et de la mienne, il attrape doucement ma main. Le sucre et les parfums se mélangent, fondent. Je passe lentement ma langue sur ma lèvre inférieure pour ne rien en perdre…

Le parc du musée est un havre de paix en cette belle journée de mai. J’aime l’air intéressé qu’il prend quand il se penche sur une œuvre. Echanges complices, nos mains se frôlent. D’un geste tendre, il repousse une de mes mèches de cheveux qui l’empêche de voir mes yeux.

Une longue balade, digne d’un film de Woody Allen rempli de clichés. Ils sont souvent grossiers mais les vivre, au final, amène un simple constat : Paris est vraiment une ville pour tomber amoureux. Nous passons du champs de Mars, à la Tour Eiffel, puis nous traversons la Seine, pour atterrir dans le village de Passy. Un énième verre en terrasse. Tant de naturel, tant d’attraction… La vie semble bien plus douce à ses cotés. La nuit tombe sur cette journée peu ordinaire. Se quitter ? Nous n’y pensons même pas. Il veut me présenter à des amis, il a un dîner ce soir et il refuse d’y aller sans moi. Je refuse poliment, c’est un peu trop pour moi. Ma pudeur me perdra. Qu’importe, il annule et décide de m’amener dans un de ses restaurants favoris. Petit restaurant cosy du quartier, lumière tamisée, et des odeurs qui mettent l’eau à la bouche. A peine arrivés, le patron le salue aussi bruyamment comme seuls les vrais italiens savent faire. Visiblement c’est plus qu’un restaurant, c’est sa cantine. Apres m’avoir bien regardé de la tête aux pieds, son sourire s’illumine, « Ma qué bella » me dit il en m’empoignant pour me claquer deux bises bien vigoureuses. Un peu sonnée, l’homme qui partage ma journée, pose délicatement sa main sur ma hanche. Comme un danseur de tango dirigerait sa partenaire, il m’accompagne jusqu’à mon siège, épousant ainsi les mouvements de mon corps.

Des rires. Voilà ce que je retiens. Voilà ce qui me vient en tête quand je pense à lui, quand je repense à cette soirée, quand j’entends cette chanson. Inutile de préciser que j’ai mangé les meilleurs linguini aux écrevisses de ma vie.

Il se fait très tard, nous devons nous séparer. Sans regret car nous devons nous retrouver le lendemain. Marcher dans la rue à ses cotés, même si le quanti devait aider, me donne une sensation de légèreté, vraiment agréable. Devant l’entrée de métro, nos derniers mots. Sa main caresse ma joue, ses yeux d’un brun chaud sont plongés dans les miens. Le silence a la plus belle des saveurs, celle de son baiser. Renversant.

Littéralement. J’en ai raté la marche et j’ai failli dégringoler les escaliers. Heureusement qu’il me tenait fermement à la taille… Il rit et m’embrasse une dernière fois. Et dans un souffle plus que sensuel, il me dit : « Il me tarde demain. Rentre bien, dors bien et demain tu seras dans mes bras.»

Il n’y eut que cette journée. Nous ne nous sommes jamais revu. Les circonstances de la vie ne nous l’ont pas permis. Une douzaine d’heure dans une bulle. Une douzaine d’heure magique, quasi surréaliste. J’ai vécu, à l’image de cette chanson, à l’image de ces heures écoulées auprès de lui, à l’image de ce baiser, quelque chose d’unique, d’envoûtant, un chamboulement qui amène à prendre conscience que parfois certaines choses ne se vivent qu’une fois et qu’il faut le vivre comme si c’était sûrement la première et dernière fois. Jusqu’à récemment, personne ne m’avait autant perturbée que lui, son sourire, son regard, l’entente parfaite, la journée parfaite.

Un jour, je raconterai cette histoire à mes enfants pour leur rappeler que la magie existe, même si elle est éphémère. Il faut donc continuer à y croire.

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