Les jours d’après.

J’étais au Stade ce vendredi 13 novembre. Ma journée avait d’ailleurs commencé bien tôt pour gérer un problème survenu la veille.
Il me semble avoir tweeter ou facebooker que je me souvenais qu’on était vendredi 13… d’ou la journée merdique.
Il y a des jours comme cela.
Il se trouve qu’en bas de ma longue rue, il y a le Bataclan. C’est a 15/20 min max à pied en descendant. C’est un de mes lieux de prédilection pour prendre le bus (comme ça je n’ai pas à me taper la montée aussi, j’avoue). Cet arrêt, c’est un peu mon chez moi du bus. Il peut m’arriver d’y passer un peu de temps régulièrement.
La belle équipe, c’est un de ces bistrots pour lequel je pourrais dire à des provinciaux : « ah tiens je connais un bistrot typique de parisiens bobo pas loin de la maison. Viens on y va ce soir ».

Place de la République. Liberté.

Je travaille tous les jours dans un des lieux « ô combien symbolique » touchés. J’étais là.
Je vis là où ces « mécréants » (parce qu’ils ne sont que ce qu’ils exècrent, à mes yeux), ces sous-hommes ont décidé de massacrer des gens comme moi. Des gens qui surement ont déjà dit à leurs potes « on va prendre le bus, là, comme ça on se tapera pas la montée », « tiens je connais un petit bistrot sympa pas trop cher avec une terrasse, on ira boire un coup après ».

Tout ceci n’a aucun sens.

Les jours d’après.
Je vais au travail. Je prends mon bus. J’ai bu une bière en terrasse. Je suis même allée à un concert.
J’ai le cerveau en mode pilote automatique. Je ne change aucune de mes habitudes.
Je ne sais pas comment mais ma capacité de résistance à tout ce qui s’est produit et que tout le monde commente à tort et à travers (pour certains… mais en exemple positif, je peux citer le procureur de la République), n’a aucune mesure. En tout cas, aucune mesure de ce que je me connais.
Je ne lâche rarement rien. C’est vrai. Je suis travailleur social de la vieille école maintenant. On m’a appris à rester calme dans le kaos.
Alors je tiens. Pour mes proches. Pour mes collègues.
J’essaye d’avoir un discours modéré, réfléchi, de faire preuve de bon sens. Surement parce que j’ai les outils intellectuels pour le faire (sociologie, psychologie). Et croyez-moi, je déplore que certains de nos élus ou responsables au sens large n’aient pas les mêmes facultés.

Enfin jusqu’à hier.
Hier, j’ai voulu aller au ciné. Une fois arrivée dans le quartier, j’ai fait quelques courses futiles et j’ai fait demi tour. Impossible. Mon cerveau disait non. Alors je n’ai pas insisté, je suis rentrée.
Depuis quelques jours, j’ai le corps tout endolori comme si je m’étais tapé un marathon, alors que je ne cours jamais.
J’ai quelques sanglots. Trés brefs. Souvent sans aucun lien avec ce que je fais ou regarde.
Je dors peu et comme un gros caillou. Jusqu’a hier soir où les cauchemars ont commencé.
J’ai des bouffées de violence aussi. J’ai des envies de hurler, de frapper quand j’entends ou je lis trop de conneries (racistes/extrémistes/religieuses notamment). Comme une envie de frapper si fort que les auteurs de ces propos en perdraient leurs dents. Comme si, ça leur remettrait les idées en place de perdre des dents.

Je crois que le plus dur pour moi est de m’autoriser à aller mal.

Il parait que ce sont des symptômes du stress post-traumatiques et que c’est « normal ».
Les jours d’après sont souvent les plus longs car seul le temps peut guérir ce trauma d’une réalité sans sens.

Une réflexion sur “Les jours d’après.

  1. Coucou miss , ce petit mot pour te dire que oui tu as le droit d’aller mal et de craquer. Mardi j’ai passé l’après-midi sur les différents lieux. Le carillon et le petit Cambodge ça a été dur mais j’ai tenu , j’étais avec une amie qui est très souvent dans le coin donc j’ai tenu pour elle. Je suis ensuite allé à république et au bataclan. J’ai fini à la belle équipe et là j’ai craqué pour deux raisons. J’ai vu mon ancien quartier , j’ai imaginé ma famille qui habite juste derrière , j’ai vu le resto japonais d’à côté criblé de balles aussi et surtout deux joueurs de cornemuses ont entonné le Amazing Grace et le Flowers Of Scotland. Tout ça pour te dire de ne pas rester avec tout ça. N’hésite pas si besoin je suis pas loin et d’autres non plus.

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